Avec Jean Staune
Au cours des derniers siècles, les découvertes scientifiques et les sciences qu’elles ont engendrées ont fortement influencé notre vision du monde.
Aujourd’hui, de nouvelles découvertes modifient sensiblement l’état des sciences. Le dialogue entre sciences et religions s’en trouve facilité. Une conversation s’ouvre entre science et spiritualité. Jean Staune nous parait une des personnalités les plus qualifiées pour nous présenter cette évolution. Jean Staune, diplômé dans plusieurs disciplines scientifiques, intervient dans le domaine de la prospective, et de longue date dans la philosophie des sciences. Il a fondé en 1995 l’Université interdisciplinaire de Paris qui se donne pour but la diffusion et la rencontre des savoirs dans les domaines de la science, la philosophie, les différentes traditions de l’humanité, l’économie et le management et de montrer leurs implications sur l’évolution de la société. Il a notamment organisé des rencontres entre plusieurs prix Nobel. A plusieurs reprises, nous avons présenté des livres de Jean Staune sur Témoins : ‘Les Clés du futur’ https://www.temoins.com/cles-futur-selon-jean-staune/
Et : ‘Notre existence a-t-elle un sens ?’ https://www.temoins.com/jean-hassenforder-notre-existence-a-t-elle-un-sens/
Ici, Jean Staune est interviewé sur ‘Résilience psy’ dédié à la psychologie et à la conscience. Quelle est sa motivation ? Il se présente comme ‘ayant une quête de synthèse’. « Une tentative de compréhension globale de notre monde et aussi de l’être humain ». « Tout le monde voit bien qu’il y a une crise de sens autour de nous ». « Nous avons des succès incroyables grâce à la science, mais en même temps, les sciences de la modernité ont désenchanté le monde Avec Copernic, l’homme n’est plus au centre du monde. Avec Darwin, il n’est plus au centre de la nature. Avec Freud, il n’est plus au centre de lui-même ». L’homme ne serait-il qu’un paquet de neurones ? Voilà la crise de sens. Elle vient de là. Il rappelle le livre de jacques Monod, ‘Le hasard et la nécessité’ : « Nous sommes perdus dans l’immensité indifférente de l’univers ». Ici, Jean Staune se propose de reconstruire, sur des bases scientifiques, de retrouver les bases d’un réenchantement du monde. Pour cela, Jean Staune va passer en revue plusieurs champs de savoir où apparait une vision du monde en rupture avec la conception matérialiste.
Ainsi commence-t-il par l’astrophysique. Il consulte alors deux grands chercheurs, Hubert Reeves et Trinh Xuan Tranh. Il parait plausible de postuler un principe créateur.
Un autre changement scientifique est également intervenu ; c’est le développement de la mécanique quantique. L’observation de la position des particules élémentaires dépend de l’observation. Le grand physicien Werner Heisenberg écrit concernant les particules élémentaires : « la théorie atomique moderne ne soutient plus une vue matérialiste naïve de l’univers ». Il y a, par ailleurs, la découverte du principe de non séparabilité : « Les expériences d’Alain Aspect ont montré que les décisions prises par un chercheur dans un laboratoire peuvent instantanément affecter les résultats obtenus par un deuxième observateur dans un autre laboratoire quelques soient les distances entre elles ». Tout ce qui arrive à une particule arrive à l’autre. « La réalité échappe à l’espace. La réalité échappe au temps », nous dit Jean Staune.
Si l’on aborde le thème de la conscience, la conscience n’est pas subordonnée à une hiérarchie matérielle. Elle contribue à la définition des particules. « Nous sommes dans une vision beaucoup plus ouverte du monde avec la mécanique quantique ». Citant Bernard d’Espagnat, Jean Staune nous explique qu’aujourd’hui, la science « n’est pas capable de mettre le monde à plat ». Elle reconnait elle-même ses propres limites. Jean Staune commente : « On sait très bien pourquoi on ne saura jamais certaines choses. C’est une nouvelle épistémologie. » En fonction du théorème de Gödel, on sait très bien pourquoi on n’aura jamais un système complet et cohérent. « La science démontre elle-même ses propres limites. Et, en démontrant ses propres limites, la science réintroduit une certaine profondeur du réel, un certain mystère du monde ». Bernard d’Espagnat parlait d’un ‘mystère voilé’. Cependant, il y a également d’autres changements significatifs.
Un nouvel éclairage nous parvient des mathématiques. Le prix Nobel Roger Penrose évoque ainsi ‘un potentiel de connaissance immédiate’ des concepts mathématiques, cet accès direct au monde platonicien, qui confère à l’esprit un pouvoir supérieur à celui de tout dispositif dont l’action repose uniquement sur le calcul ». Les mathématiques, nous les découvrons comme un continent. Selon Jean Staune, celte approche « ne confère-t-elle pas à l’esprit humain, un pouvoir supérieur à tout ordinateur, à toute intelligence artificielle dont l’action repose uniquement sur le calcul ? » D’autre part, un mathématicien, Alain Connes associe la résolution de problèmes mathématiques à des états de conscience ou l’affectivité, la sérénité, voire la contemplation jouent un rôle important. Jean Staune nous parle de l’histoire incroyable d’un mathématicien indien, Srinivasa Ramanujan, qui en dehors de tout environnement savant, a inventé de remarquables formules mathématiques en expliquant que ses découvertes résultaient d’une inspiration divine. Il y eu là ‘une connaissance immédiate des formes mathématiques’. Il y a une autre histoire incroyable, « celle d’un jeune homme qui s’appelait Kurt Gödel qui, à l’âge de 31 ans, a inventé un théorème de mathématique qui a bouleversé les fondements même de la science. «Tout ensemble fini d’axiomes contient au moins une proposition indécidable. Corollaire : tout système logique humain cohérent est incomplet ». Le théorème de Gödel figure parmi les éclairages les plus importants du XXe siècle. « La base de la notion de vérité est plus vaste que la notion de démonstrabilité en mathématiques ».
Jean Staune aborde ensuite un quatrième pilier de la nouvelle vision scientifique. A propos de la vie, Jean Staune reconnait les aspects darwiniens de la sélection naturelle, mais il perçoit l’évolution comme ‘canalisée’, encadrée par les lois de la nature.
Selon Simon Conway-Morris, il évoque un phénomène de ‘convergence évolutionniste’. Dans cette perspective, l’évolution darwinienne resterait un concept central, mais où les formes fonctionnelles possibles sont prédéterminées depuis le big bang ». « Nous sommes dans une situation où il y aurait des plans d’organisation ».
Le dernier pilier de cette nouvelle vision est le pilier de la conscience. C’est l’idée que la conscience n’est pas uniquement neuronale. Il mentionne les recherches de Dominique Laplagne et de Mario Beauregard. Mario Beauregard a fait des expériences célèbres auprès de religieuses en état mystique pour montrer que l’extase mystique est un phénomène global qui touchait tout le cerveau. L’esprit agit sur le corps. Eban Alexander est le premier neurologue à avoir connu lui-même une NDE (near death expérience). « Il est revenu de là en disant que tout ce qu’il avait appris sur la conscience était faux. La conscience est bien plus riche quand elle est en dehors du cerveau. La conscience n’est pas uniquement localisée dans le cerveau ». Aussi a-t-il écrit un livre, ‘L’évidence de l’après-vie’.
Ces cinq grandes lignes de changement engendrent au total une ‘incroyable révolution conceptuelle’. C’est un changement complet de vision du monde. Et qu’est-ce qu’implique ce changement de vision du monde ? « Il implique deux choses. Toutes les religions disent depuis des siècles qu’il y a un autre niveau de réalité au-dessus du temps et de la matière et que l’esprit de l’homme est relié à cet autre niveau. Si la modernité avait rendu absurde une telle conception, pour elle il n’existait rien d’autre que le monde matériel, le nouveau paradigme scientifique redonne de façon inattendue une crédibilité à cette conception. Il en résulte une deuxième conclusion : Une nouvelle synthèse entre science et religion est possible. Elle conduit à un réenchantement du monde. Et on peut avoir un espoir pour le XXIe siècle : combler le fossé entre ‘les deux cultures’ et rebâtir une vision du monde bénéficiant du souffle que donne la transcendance et de la solidité que donne la raison ».