Avec Gaël Giraud, économiste et théologien
Face aux crises, face à la montée des inégalités, face à un emballement qui épuise les ressources du monde et dérègle le climat, comment ne pas nous interroger sur la manière d’envisager l’économie ? Sur ce site, nous avons pris connaissance de l’approche de l’économiste Eloi Laurent qui veut conjuguer économie et écologie : https://www.temoins.com/conjuguer-economie-et-ecologie/
À partir de la Révélation divine, nous croyons ici que Dieu a un projet pour l’humanité et une inspiration pour une vie bonne en société. Ici, nous faisons appel à l’éclairage des théologiens. Ainsi avons-nous présenté le livre de Gaël Giraud : ‘Composer un monde en commun. Une théologie politique de l’anthropocène’ : https://www.temoins.com/composer-un-monde-en-commun/
La pensée d’avant-garde de Gaël Giraud est très présente sur le web. ‘Réconcilier économie, écologie et spiritualité’, tel est le thème de l’entretien de Gaël Giraud avec Benjamin Rosoor sur ‘Pièce maitresse’.
« L’économie libérale, celle qui anime les pays développés depuis la révolution industrielle, est-elle adaptée aux grands enjeux de demain ?… Rares sont les économistes qui vont à l’encontre des différentes écoles libérales qui animent les décisions économiques des année 30. Et pourtant il y en a. Gaël Giraud est de ceux-là, car il propose une autre vision qui prend en compte la nécessaire transition écologique. Il invoque la notion de communs, ce qui appartient à l’humanité toute entière. Si Gaël Giraud pense autrement, c’est parce qu’il a un double parcours. Il est riche d’une personnalité qui a reçu deux enseignements d’excellence : un doctorat en mathématique appliquée, un doctorat en théologie et prêtre jésuite ». Ainsi, il aurait pu travailler dans la finance, mais il a choisi une autre voie. L’intervieweur évoque la parabole de Zachée dans l’Evangile. Gaël Giraud voit en Zachée quelqu’un qui était perché sur son arbre et auquel le Christ lui demande d’en descendre pour engager le dialogue avec lui. Peut-on contempler le monde sans s’impliquer ? Zachée est appelé à revenir au monde réel.
Gaël Giraud pense que nous avons besoin d’une finance saine qui soit vraiment au service de notre société et non le contraire, mais depuis une quarantaine d’années, nous avons dérégulé les marchés financiers et nous leur avons octroyé un pouvoir considérable à la mesure du fait que nous avons obligé les états à se refinancer auprès des marchés financiers, ce qui fait qu’aujourd’hui les marchés financiers ont un droit de regard sur les politiques publiques et donc ces marchés ont un pouvoir considérable. Ils décident à notre place alors que dans le régime politique d’où la monarchie absolue a été éliminée, c’est la délibération démocratique qui doit être souveraine.
Gaël Giraud marque l’importance de la ‘bifurcation écologique’. Il serait temps que la finance se mette au service de la transition écologique. Pour l’Europe, c’est essentiel parce qu’elle est très pauvre en ressources naturelles. Nous sommes extrêmement dépendants des importations en énergies fossiles et en minerais. Cependant, en regard, la conscience écologique s’est sensiblement accrue à la Banque Centrale Européenne. Les banques européennes devraient se libérer de la dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Gaël Giraud suggère des mécanismes en ce sens.
Au cours de la conversation qui se poursuit, les conséquences redoutables d’opérations financières déconnectées de leurs effets pratiques sont également évoquées. On constate de la pure spéculation entièrement déconnectée du monde réel. Ces quelques notations font ressortir un aspect de cet entretien. Il aborde à la fois des problèmes cruciaux et les processus techniques dans lesquels ils s‘inscrivent. Cet entretien mérite une écoute attentive.
Gaël Giraud nous fait part de sa perspective pour libérer l’économie des dérives intervenues depuis son libéralisme initial et il plaide en faveur de limitations de la proprièté privée. La protection des ressources naturelles passe par l’instauration de ‘communs’. Par exemple, comment on se donne un droit international pour protéger l’Amazonie ? Pour protéger les communs, « il nous faut une inventivité, une créativité institutionnelle extraordinaire ». Cela demande un grand élan : inventer du nouveau, du droit, de la gouvernance. L’enjeu est immense. « Pour avoir cette créativité-là, on a besoin de réflexes spirituels ».
C’est un enjeu énorme. C’est un défi anthropologique. « Le christianisme est une ressource parmi d’autres pour affronter ces défis ». « Les grandes religions ont un trésor, un terreau spirituel » qui nous permet de penser bien au-delà des confrontations identitaires.
Gaël Giraud est également interrogé sur le concept de ‘communs’, « ce qui n’appartient à personne parce que cela appartient à tout le monde », selon une définition issue du droit classique romain. Gaël Giraud décrit différentes formes de communs, une réalité parfois fragile, mais d’une importance majeure. Elle requiert notamment la mise en œuvre d’institutions internationales. Le mouvement dépend d’une souplesse dans les manières de voir et de faire. La délibération est essentielle dans ce processus. De même, en regard des idées arrêtées, Gaël Giraud met l’accent sur l’importance de l’interprétation.